Culture

Biennale d’Architecture à Orléans.

Hans Namuth.

Et si aujourd’hui, on se laissait tenter par un peu d’architecture ? C’est depuis le 13 octobre que la première édition de la Biennale d’Architecture d’Orléans a ouvert ses portes au public. A cette occasion, soixante et onze architectes contemporains se sont réunis pour présenter leur vision de l’architecture autour d’un fil conducteur : l’errance à travers la rêverie .

Mais ce maître mot ne lie pas seulement les œuvres entre elles. La Biennale d’Architecture est un événement de grande envergure, qui a soigneusement tissé des liens entre différents lieux de la ville, mais également sur l’ensemble du territoire régional. Le visiteur est alors pris dans cette toile de modernité et est amené à déambuler à travers les différentes éscales de cet événement. La Biennale rayonne dans les villes d’Orléans (le FRAC, la Médiathèque, la Rue Jeanne d’Arc, le Théâtre, les Vinaigreries Dessaux), de Bourges (la galerie Box-ENSA, Transpalette) et Amilly (Les Tanneries). Cependant c’est dans les tréfonds du FRAC (Fonds régionaux d’art contemporain) qu’Orléans Actu propose de vous entraîner.

Un petit point d’histoire…

Pour pouvoir saisir pleinement l’exposition dans toute sa beauté idéaliste et poétique, il faut faire un peu d’histoire. En effet, dans les années 1960, un grand nombre d’architectes et d’urbanistes ne se satisfont pas de la vision d’une ville utilitaire, comme ont pu le développer leur prédécesseurs. Au contraire, ils prônent une vision utopique qui s’articule autour du concept de « synthèse joyeuse »,  entre la technique et la nature, entre l’art et les hommes. Ces projets d’utopies urbaines visent à proposer des solutions face aux divers problèmes présents et à venir : l’écologie, la démographie, la politique. L’idée, c’est de concevoir la ville, non plus seulement comme un espace où vivre et travailler, mais comme un lieu d’échanges humains, sociaux et culturelles. Cette vision utopiste pose notamment trois questions majeures, selon Ronan Kerdreux, professeur à l’École Supérieure des Beaux- Arts de Marseille : celle des modes de vie et des rapports entre cellule privée et espace public ; celle de l’utilisation de la technologie dans la vie de tous les jours ; et celle de l’analyse de l’environnement urbain.

Mais comme on peut le déduire par la traduction étymologique du terme utopie, du grec u- topos, le lieu qui n’existe pas, la majorité de ces projets demeurent à l’état d’idées, de pensées. C’est ce que dénoncent des architectes comme Saba Innab ou Alexander Brodsky. Cependant, nombreux sont les architectes qui tentent d’inventer des alternatives plus ancrées dans les besoins de nos sociétés , et cherchent à redonner un nouveau souffle à l’architecture moderne. Parmi ces architectes, on se souvient notamment du Corbusier, avec sa Cité Radieuse à Marseille.

La Biennale d’Architecture d’Orléans, un concept aux portes de la modernité artistique

Si ces événements peuvent être enracinés dans certaines villes depuis de nombreuses années – la Biennale de Venise existe depuis 1893 -, nous assistons, pour Orléans, à une première. La manifestation d’art contemporain se place comme la digne héritière de le l’Archilab, créée en 1999, à Orléans, dans sa réflexion sur des conceptions nouvelles de l’architecture. Plusieurs supports sont mis au service de l’architecture, de sa conception et de son expression : dessins, croquis, maquettes, vidéos, audios. Ces éléments permettent aux visiteurs de plonger dans la pensée de l’architecte, et de découvrir sa vision du monde.

Cette gageure est relevé avec brio et de façon très différentes par deux architectes. D’un côté, le groupe Minimaforms, qui présente un conception d’urbanisme ancrée dans l’écologie adaptative : Emotive City. Le concept laisse rêveur : une ville plastique, un urbanisme qui serait influencé par les interactions quotidiennes des habitants  et leurs comportements locaux.

De l’autre, Juan Navarro Baldeweg, architecte espagnol, qui à partir de 1971, tourne son regard vers une étude intimement liée au territoire et à la géologie. Il propose alors de recréer des écosystèmes au sein de structures pneumatiques. Un des exemples le plus marquant, c’est le photomontage actuellement exposé au Frac, intitulé A tropical forest in an artic landscape (1972). C’est un véritable défi géologique car les deux climats, tropical et arctique, sont radicalement opposés. Mais quoi de plus rêveur que d’imaginer ces deux espaces aussi proches ?

Ce projet rappelle à quel point l’architecture est liée au paysage. Elle ne peut se penser indépendamment.

La Biennale investit les rues d’Orléans.

La Biennale, comme nous l’avons mentionné plus haut, c’est aussi à l’extérieure des murs du Frac. L’exposition s’inscrit dans le tissu orléanais et diffuse sa modernité à travers l’aspect de la ville et sa tradition. On aura pour exemple la rue Jeanne d’Arc, célèbre pour arborer des drapeaux colorés lors  des Fêtes johanniques, ou du Festival de Loire. A l’occasion de cette première édition de la Biennale, ce sont les œuvres de l’artiste José Maria Yturralde qui ornent la rue Jeanne d’Arc sur de grands étendars. Yturralde est notamment connu pour avoir axé ses recherches autour de l’influence des couleurs sur les émotions .

Une manifestation encore jeune qui ne demande qu’à s’épanouir davantage.

Les Plus.

Cette première édition de la Biennale d’Architecture d’Orléans est un projet des plus intéressant sur de nombreux points. L’idée de créer un événement d’une telle importance culturelle et artistique et de l’étendre à l’échelle régionale met en avant une réelle volonté de cohésion. Les liens tissés entres les différents lieux d’exposition des œuvres est le résultat d’un beau défi de gestion des fonds et d’un travail coordonné. Cette exposition regroupe certes de nombreux artistes, mais c’est également un évènement participatif : les Vinaigreries Dessaux -autre point de la Biennale-, abritent un projet confié à des étudiants de l’ENSAN et inscrit une véritable démarche pédagogique pour les étudiants et les visiteurs.

Cette manifestation, c’est aussi un réel effort pour placer l’architecture contemporaine, et ses enjeux, à la portée du plus large public possible : la gratuité pour tous les lieux de l’exposition est une surprise agréable et constitue une vraie tentative de démocratisation. Même les enfants ne sont pas oubliés : au Frac, une salle leur est dédié et des livres éducatifs sont mis à leur disposition. Les espaces d’expositions sont larges –salles lumineuses et spacieuses, et invitent le visiteur à la méditation.On apprécie également l’œuvre éphémère de Patrick Bouchain,montée dans le hall, «  Haut lieu de l’hospitalité » qui invite le passant à s’asseoir sur les montagnes de coussins, goûter un moment de partage avec les autres visiteurs, et finalement investir le hall du Frac.

Les Moins.

Cependant, nous avons relevé quelques détails qui nuisent à la pleine appréciation de cette manifestation. Certaines œuvres sont déconnectées de leur cartel, ce qui ne favorise pas toujours la compréhension. De plus, il est possible de relever un manque de précisions, d’explications sur certaines œuvres. Nous conseillons donc à nos chers lecteurs qui souhaiteraient visiter l’exposition, d’acheter le guide du visiteur, vendu pour 4 euros, riche en informations. Sinon, vous pouvez également profiter des visites guidées organisées, pour jouir pleinement de cette belle exposition.

Nous pouvons conclure que cette première édition de la Biennale d’Architecture d’Orléans éclot sous des auspices tout à fait encourageant. Les notions d’éclectisme et d’expérimentation sont illustrées  grâce à la multiplicité des artistes exposés et des supports présentés. La volonté de rendre cette manifestation d’art contemporain accessible au plus grand nombre est une initiative culturelle forte. Orléans s’affirme, avec ce nouveau projet, comme un acteur dynamique de la scène artistique contemporaine.

Mathilde Rétif et Mégane Keraudran

Pour plus de renseignements :

Tel. Frac : +33 (0)2 38 62 52 00

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