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Le malaise scolaire s’accélère

L’école, lieu où l’on acquérait auparavant une culture et des savoirs communs, décline, s’étiole, se sclérose. Selon un dernier sondage, à l’entrée au collège, 15% des enfants sont en grande difficulté de lecture et encore bien plus en difficulté pour l’écriture.

C’est un constat. L’école va mal. On maquille notre échec, notre incapacité et notre impossible à transmettre en abaissant régulièrement les ambitions et exigences de cette école. On brade le baccalauréat pour s’assurer qu’un grand nombre l’obtienne et masquer le réel malaise de notre civilisation.
On ne peut se résoudre à un impossible et alors faut-il peut-être envisager de penser l’école et non de lui en infliger nombre de réformes qui se voudraient magiques et pour le moment sans résultat.

 

L’école ou l’injonction de rentrer dans des cases

L’école maternelle, autrefois une période pour appréhender le lien social à l’autre en dehors de la famille, est devenue le lieu où l’on demande déjà au petit homme d’acquérir nombre de connaissances, ces connaissances listées sous forme de cases que l’enseignant viendra cocher ou non. La pression sociale débute, les parents s’inquiètent : leur enfant est-il dans la norme ? Est-il déjà en « échec scolaire » à l’âge de 3 ans ?

Les enfants sont déjà soumis aux évaluations, soumis déjà à l’attente de l’autre, une attente de réussite. L’imaginaire s’emballe, l’enfant idéal s’évanouit une fois de plus. Chers enfants, il vous incombe d’en savoir et face à vos manques, à vos failles, on viendra inscrire « enfant en difficulté » et pour peu d’un excès de zèle, on vous collera un diagnostic. Des débuts bien difficiles pour un petit être en devenir…Bien loin l’étayage « maternel » !

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Ensuite, vient l’école primaire. A cet instant, tout est déjà joué. Les dés sont pipés. Si l’écolier n’a pas suivi à temps, pas la peine d’y revenir : le redoublement n’est plus autorisé, trop cher pour l’État ( environ 7000 euros ) !
Redoubler d’effort n’est plus dans la politique. On fait passer les différentes étapes, l’incompréhension et le non sens pour certains enfants se majorant et l’on s’étonne du décrochage de ces enfants devenus adolescents qui vont se retrouver isolés et mutiques au fond de la classe ou bien qui vont eux-mêmes s’exclure en donnant à voir leur malaise au travers de provocations, d’insultes, de mouvements agressifs…autant de bruits signant un réel malaise. Ils décrochent du système scolaire mais à quel moment les a t-on accroché ? A quoi les accrocher ?

 

Une culture issue de la société de consommation

Nous sommes à une époque où tout est à portée de main : les dernières technologies, des connaissances diverses en tapant un mot sur « Google », des informations qui arrivent par notification sur nos téléphones portables… Inutile de chercher, de demander, d’espérer…tout finit par arriver sans rien que l’on demande. A être gavé, comblé par tous ces objets, que peut-on encore désirer ? Car nous souffrons bien de ce manque de rien ! Sans ce rien, sans ce manque, pas de désir.

Et l’école ne fait pas exception à cela. La classe prise dans ce système est devenue le lieu de consommation de savoirs où les élèves demeurent à cette place d’être gavés sans même rien désirer. Et pourtant, le mot « école » vient du latin schola et du grec schole qui signifie « loisir », invoquant alors plutôt le désir que la servitude.

Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Lyon II : « A un bout de la chaîne, le ministre et son cabinet. Des académiciens et des académies. Des directeurs et des recteurs. Des intellectuels qui écrivent des manuels. Des chercheurs qui ont trouvé. Des conseils de savants qui donnent de savants conseils. Des lois de programmation et des programmes qui font la loi. Des inspecteurs au rapport qui produisent des tas de rapports d’inspection. Et des professeurs sagement alignés sur les étagères de l’administration, comme des Daltons touchés par la grâce, de l’agrégé hors classe au vacataire débutant. […]A l’autre bout de la chaîne une ébouriffante pagaille ».

L’élève ne sera pas disposé à apprendre au moment où l’on décide pour lui qu’il apprendra, l’élève n’accueillera pas un savoir s’il n’est pas prêt à vouloir savoir. Rien ne peut s’enseigner que l’élève ne désire apprendre. Alors comment créer du désir chez l’autre ? Comment accrocher l’élève à cet endroit du désir ? C’est bien là une partie du travail de l’enseignant.

 

Quelle place au savoir ?

Avant de vouloir mettre les écoliers au travail, peut-être est-ce à nous de nous mettre au travail et de prendre à notre compte cet « échec » scolaire. Le symptôme manifeste de ces écoliers n’est finalement que l’expression d’un symptôme plus général, sociétal : l’enfant est symptôme d’une civilisation qui se transforme, où l’on se perd peut-être, où l’on ne désire plus, où la place du savoir s’évanouit dans un no man’s land.

Nous sommes confrontés à un savoir facilement accessible en un clic ; un savoir médical, scientifique qui se multiplie et paradoxalement, une ignorance que l’on étale et qui fascine, ignorance incarnée par ces personnages publiques tels que Nabila ou autres personnages de télé-réalité tant plébiscités par tous. Les enfants, futurs apprentis, sont soumis au non-savoir, à l’inculture et à une langue française spoliée, dans une pure jouissance de l’ignorance, élément permettant désormais de devenir populaire et de gagner bien plus d’argent que tous ces professeurs érudits.

Cet « échec » des écoliers n’est pas le leur mais le notre. Nous passons notre temps à vouloir remettre dans le rang des écoliers qualifiés de « mauvais élèves » mais ce n’est que l’arbre qui cache la forêt. A avoir affaire à trop de savoirs, l’être humain s’en détourne. N’est-ce pas à cet endroit que nous devons nous interroger ? De nos jours, quelle place au désir ? Quelle place au savoir ? Nous vous laissons y réfléchir.

 

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